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Sciences des Affaires de la Cité
C’est l’histoire d’un homme…
11/02/09
Voici une histoire qu’un ami m’a conté. Il en parle aussi sur son site et je préfère la reprendre et vous la présenter devant vos yeux car elle vaut vraiment le coût d’être lue et appréciée.
Les paragraphes qui suivent cette histoire ne sont pas de moi. Vous comprendrez vite pourquoi je les ai laissées.
Un homme passe ses journées dans une petite cabane en bois, près d’un lac, à pêcher ce qui lui sert midi et soir de repas. Il se complait dans cette existence jusqu’au jour où un autre homme, inconnu, vient lui rendre visite. Il lui dit alors « Tu sais que si tu pêchais une à deux heures de plus par jour, tu pourrais avoir un ou deux poissons de plus ? »
L’homme réfléchit à cette considération, et se décida de pêcher une à deux heures de plus par jour. Et effectivement, il pêcha un peu plus de poisson. Il était cependant plus fatigué à la fin de la journée et les nouveaux poissons servaient à lui redonner des forces. Tout se compensait. Trois jours plus tard, l’homme revint à la charge : « Tu sais, tu pourrais mettre quelques poissons de côté au lieu de les manger, et une fois vendus, tu pourras acheter une barque, et aller pêcher au milieu du lac, il y aura certainement plus de poissons. »
L’homme hésita quelques secondes et se lança dans l’aventure. Il mit des poissons de côté, et au bout de quelques semaines acheta sa première barque. Il pêcha de nouveaux poissons et continua à gagner de l’argent. L’homme lui dit alors : « Tu sais, avec tout cet argent, tu pourrais acheter une deuxième barque, puis une troisième, et les répartir sur le lac afin de couvrir tout la surface. »
L’homme n’y avait pas pensé, et se dit qu’il avait bien de la chance d’avoir quelqu’un pour lui donner des conseils. Bien que de plus en plus fatigué, il décida de s’y mettre, et quelques mois plus tard il avait ses trois barques, avec des cannes à pêche disposées un peu partout. C’est là que l’homme vint lui dire : « C’est le moment où tu dois tout vendre, acheter un chalutier avec des filets énormes et ratisser entièrement le lac, d’une extrémité à une autre. »
L’homme le fit, mais il se rendit rapidement compte qu’une partie de sa vie s’était écoulée, dans une production vaine où la seule chose qui l’attirait était d’amasser plus d’argent qu’il n’en fallait. Alors un enfant passe par là et lui dit : « Tu as passé ta vie à gagner de l’argent, mais pourquoi ? Que vas-tu faire avec tout cela ? ». Alors l’homme, fatigué comme jamais, lui répond : « Je rêve de m’acheter une petite cabane au bord d’un lac..».
Rio, 1992
16/07/08
Hello, I’m Severin Suzuki, speaking for ECO, the Environmental Children’s Organization. We are a group of four twelve and thirteen year-olds from Canada trying to make a difference…
We raised all the money ourselves to come 6,000 miles to tell you adults you must change your ways.
Coming here today I have no hidden agenda. I’m fighting for my future. Losing my future is not like losing an election or a few points in the stock market.
I am here to speak for all future generations yet to come. I am here to speak on behalf of the starving children around the world whose cries go unheard. I am here to speak for the countless animals dying across this planet because they have nowhere left to go.
I am afraid to go out in the sun now because of the holes in the ozone. I am afraid to breathe the air because I don’t know what chemicals are in it. I used to go fishing in Vancouver, my hometown, with my dad, until just a few years ago we found the fish full of cancers. And now we hear about animals and plants going extinct every day—vanishing forever.
In my life, I have dreamt of seeing the great herds of wild animals, jungles, and rain forests full of birds and butterflies, but now I wonder if they will even exist for my children to see.
Did you worry about these things when you were my age? All this is happening before our eyes, and yet we act as if we have all the time we want and all the solutions. I’m only a child and I don’t have all the solutions, but I want you to realize, neither do you! You don’t know how to fix the holes in our ozone layer. You don’t know how to bring the salmon back up a dead stream. You don’t know how to bring back an animal now extinct. And you can’t bring back the forests that once grew where there is now a desert.
If you don’t know how to fix it, please stop breaking it! Here you may be delegates of your governments, business people, organizers, reporters, or politicians. But really you are mothers and fathers, sisters and brothers, aunts and uncles. And all of you are somebody’s child. I’m only a child, yet I know we are all a part of a family, five billion strong—in fact, 30 million species strong. And borders and governments will never change that. I’m only a child, yet I know we are all in this together and should act as one single world toward one single goal.
In my anger, I am not blind, and in my fear, I am not afraid to tell the world how I feel.
In my country, we make so much waste. We buy and throw away, buy and throw away. And yet northern countries will not share with the needy. Even when we have more than enough, we are afraid to lose some of our wealth, afraid to let go.In Canada, we live the privileged life with plenty of food, water, and shelter. We have watches, bicycles, computers, and television sets. Two days ago here in Brazil, we were shocked when we spent time with some children living on the streets. And this is what one child told us:
“I wish I was rich. And if I were, I would give all the street children food, clothes, medicine, shelter, love, and affection.”
If this child on the street who has nothing is willing to share, why are we who have everything still so greedy ? I can’t stop thinking that these children are my own age, that it makes a tremendous difference where you are born. I could be one of those children living in the favelas of Rio. I could be a child starving in Somalia, a victim of war in the Middle East, or a beggar in India. I’m only a child, yet I know if all the money spent on war was spent on ending poverty and finding environmental answers, what a wonderful place this Earth would be.
At school, even in kindergarten, you teach us how to behave in the world. You teach us not to fight with others, to work things out, to respect others, to clean up our mess, not to hurt other creatures, to share, not be greedy. Then why do you go out and do the things you tell us not to do ?
Do not forget why you are attending these conferences, who you are doing this for—we are your children. You are deciding what kind of a world we will grow up in. Parents should be able to comfort their children by saying, « Everything’s going to be all right.” “We’re doing the best we can.” “It’s not the end of the world.”
But I don’t think you can say that to us anymore. Are we even on your list of priorities? My dad always says, “You are what you do, not what you say.”
Well, what you do makes me cry at night. You grown-ups say you love us. I challenge you, please, make your actions reflect your words.
Thank you for listening.
Espérances de vie (4/4)
3/05/08
La leçon principale des enquêtes sur l’espérance de vie des diverses catégories professionnelles est le constat(selon la terminologie de l’INED) le constat d’une double peine infligée aux travailleurs manuels. Non seulement ils sont désavantagés devant la mort mais ils le sont aussi devant les divers handicapes qui apparaissent avec l’âge.
Lorsqu’ils atteignent 35 ans et que leur place dans la société est stabilisée, les cadres supérieurs peuvent regarder l’avenir en sachant qu’il durera en moyenne 47 années. Il est raisonnable par conséquent, pour eux, d’espérer atteindre leur 82 ème anniversaire.
Les ouvriers, eux, doivent se contenter au même âge de 35 ans d’une espérance de 41 années. Ils ne dépasseront guère en moyenne 76 ans. C’est donc 6 années de vie qui leur sont soustraites par une organisation sociale qui ne leur permet pas de bénéficier des conditions faites aux cadres supérieurs.
Cette différence est encore aggravée si l’on tient compte des handicapes liés au vieillissement.
Pour les cadres, leurs 47 ans encore à vivre ne comporterons que treize années au cours desquels ils subiront au moins une des incapacités. Il leur reste donc 35 années en pleine santé. Pour les ouvriers, les incapacités s’étendront plus longtemps : 17 années, ce qui ramène leur durée de vie en pleine santé à 24 ans. Dix ans de moins que pour les cadres.
Cette avalanche de chiffre risque d’occulter la réalité. Elle décrit pourtant une situation très lourde de conséquences. Si l’on voulait résumer tout ce tableau par un chiffre, je propose de mettre en encadré les dix années supplémentaires de vie en bonne santé qui sont accordés aux cadres supérieurs et qui sont, de faite, refusés aux ouvriers.
N’est on pas face à la pire de inégalités?
Certes les individus ne reçoivent pas de la nature les mêmes promesses de durée et de santé mais au niveau collectif, la réalité actuelle n’a rien de fatale elle est l’aboutissement d’une logique économique basée sur la compétition et sur la définition de la valeur de chaque bien par le jeu du marché. Pour se rapprocher d’une organisation sociale plus cohérente avec l’objectif d’égalité entre les citoyens, certaines reformes par exemple dans le régime de retraite peuvent aller dans le bon sens mais elles risquent fort de n’être pas à la mesure du problème.
Nous sommes ici devant l’un des multiples problèmes exigeant une pensée véritablement nouvelle.
Espérances de vie (3/4)
2/05/08
Nous avons vu que l’espérance de vie à la naissance est une caractéristique permettant des comparaisons très riche de signification entre les diverses nations. Elle constitue une véritable mesure de la progression d’une collectivité vers une organisation plus respectueuse des droits de l’homme. Mais ces comparaisons sont toutes autant riches d’enseignement lorsque lorsqu’elles concernent non plus deux nations mais deux collectivités distinctes à l’intérieur d’une même nation.
La quête des informations permettant des calculs nécessaires est beaucoup plus laborieuse car les données d’état civils ne sont pas suffisantes. Il se trouve qu’en France, une enquête réalisée par l’institut des statistiques, il y a 5 ans, a permis une analyse précise des diverses catégories des citoyens français face non seulement aux risques de décès mais aussi au risque d’invalidité. Le point de départ de cette étude dont les résultats viennent d’êtres publiés par l’INED, c’est la comparaison des parcours de vie des cadres supérieurs et des ouvriers.
A l’âge de 35 ans, les cadres masculins ont encore en moyenne 47 années à vivre. Les ouvriers: 41 années seulement soient 6 années de moins. Pour les femmes, l’écart est nettement moindre 51 pour les cadres, 49 pour les ouvrières. On peut cependant se demander si l’avantage offert aux cadres avec ces années de vie supplémentaires n’est pas compensée par une fin de vie plus longuement soumise à de multiples handicapes.
Pour préciser ce point, les diverses invalidité ont été classés en trois groupes selon leurs conséquences pour la vie quotidienne:
le type 1 est celui des difficultés sensorielles: une mauvaise vue, une surdité par exemple,
le type 2: celui des difficultés à accomplir les tâches de la vie courante,
le type 3: celui des incapacités nécessitant une aide pour les soins personnels.
Parmi la multitude de nombre résumant les résultats de cette étude [...], retenons les durées restant lorsqu’on à 35 ans à vivre sans souffrir d’aucune de ces incapacités.
Cette espérance de vie en bonne santé est de 34 années pour les cadres masculins et de 24 années seulement pour les ouvriers; soit un écart considérable de 10 années. Et oui, un ouvrier, à 35 ans, a 10 années de moins à vivre en bonne santé que les cadres.
Il s’agit de deux biens considérés comme précieux: la vie et la santé.
Mais quel est le plus précieux? Constatons que la réponse, ce bien est reçu en beaucoup plus grande abondance par les cadres que par les ouvriers.
Espérances de vie (2/4)
30/04/08
Nous avons vu hier qu’au prix d’hypothèses très réalistes, il est possible de caractériser le niveau sanitaire d’une population au moyen d’un paramètre dont chacun peut comprendre la signification: l’espérance de vie à la naissance.
Ce paramètre permet des comparaisons dont le résultat est parfois lourd de signification.
Par exemple en Amérique du Nord, selon l’Encyclopedia Britanica, l’espérance de vie des hommes est au Canada de 77 ans, à Cuba et chez les blancs des Etats-Unis de 75 ans, de 73 ans au Mexique et de 69 ans seulement pour les personnes non-blanches des États-Unis. Et la classification est semblable pour les femmes: 84 ans au Canada et seulement 78 ans au Mexique. Autrement dit, dans ce continent américain, seul le Canada dispose d’un système sanitaire aussi efficace que celui de la France.
Nous avons pris l’habitude de comparer les niveaux de vie des diverses nations en calculant les richesses produites exprimées en euros ou en dollars. A ce compte, les USA avec 38 000 dollars par habitants l’emportent largement sur Cuba qui atteint à peine (toujours suivant les données de l’Encyclopedia) 3 000 dollars par an et par personne. Douze fois moins que les USA et dix fois moins que la France.
Ces quelques comparaisons mettent évidence la difficulté d’établir un palmarès des nations. Tout dépend du choix des caractéristique qui sont considérées comme essentielles. Autrement dit, tout dépend de la finalité adoptée par la société.
C’est là que se manifeste véritablement l’orientation collective. Faut-il privilégier les activités qui produisent des richesses (mesurables en euros ou en dollars)? ou celles qui permettent un meilleur fonctionnement du système sanitaire? ou encore celles qui rendent efficace le système éducatif? ou encore celles qui s’inscrivent dans la perspective d’un futur conflit nucléaire…
L’important est que la réponse soit formulée de façon claire.
Les dictatures posent souvent la question sous la forme simple : “Du beurre ou des cannons, que voulez-vous ?” Cette présentation a au moins le mérite de ne pas être hypocrite. Par contre, le choix mal défini qui est celui présenté par le terme croissance est surtout un camouflage des véritables objectifs, ou pire encore, le camouflage de l’absence d’objectifs… Oui, insistons là-dessus; les USA : 38 000 dollars par habitant, Cuba : 3 000. Douze fois moins, mais l’espérance de vie : 84 ans pour les femmes blanches et seulement 76 pour les femmes noires des Etats-Unis d’Amérique.
Espérances de vie (1/4)
29/04/08
Une fois de plus, le bulletin mensuel publié par l’institut national d’études démographiques (l’INED) rapporte des informations qui nous éclairent sur un aspect peu connu et pourtant fondamental de notre société. Il s’agit de l’espérance de vie. Une caractéristique qui nous intéresse tous.
Encore, faut-il bien comprendre ce qu’elle signifie et la façon dont elle est calculée.
Le plus souvent, ce qui est annoncé par les médias est l’espérance de vie à la naissance.
Le mot espérance doit être entendue avec le sens que lui attribue le raisonnement probabiliste. Cette espérance est calculée, par exemple pour l’année 2007, à partir des statistiques de décès fournies par l’état civile. Elles permettent de calculer les probabilités, pour un individu ayant l’âge a au 1er janvier 2007, d’être encore vivant au 1er janvier 2008.
On fait alors l’hypothèse qu’au cours des années avenirs, les probabilités de survie aux divers âges seront les mêmes que celles constatées entre le début et la fin de 2007.
On calcule ainsi les diverses valeurs de la variable aléatoire nombre d’années encore à vivre dont on calcule la moyenne. Le nombre obtenu: l’ espérance de vie, est un très bon indicateur du niveau sanitaire d’une population ou d’une nation; encore faut-il ne pas se leurrer sur sa signification.
Dire que l’ espérance de vie à la naissance est actuellement, en France, de 77 ans pour les garçons et de 84 ans pour les filles, ne constitue pas une prévision que l’on pourrait faire face à un enfant qui vient de naître. Ces nombres correspondent à l’hypothèse que ces enfants rencontreront au cours de leur vie à chaque âge, le même risque de mortalité qu’ont affrontées les personnes de cet âge là en 2007.
On peut espérer qu’en réalité les conditions de vie seront améliorées et que le système sanitaire sera encore plus efficace à l’avenir. Si l’on veut faire des prévisions, il faut donc faire l’hypothèse d’un accroissement de cette espérance. Il n’est pas exclu qu’à la fin du siècle qui commence, les espérances de vie dans notre pays dépasseront 100 années aussi bien pour les hommes que pour les femmes.
Parvenir à ce résultat est très probablement à la portée de nos sociétés. C’est une question de volonté, de mesures prises pour soigner. Et cela serait une véritable source d’émerveillement face aux humains qui ont été capables d’utiliser leur intelligence à jouer sur la durée de leur propre vie.
L’École n’est pas une Entreprise (3/3)
25/04/08
Revenons sur ce constat qu’il est de bon ton, aujourd’hui, de préconiser, comme on dit, une large ouverture de l’Ecole sur l’Entreprise.
Il est vrai que montrer aux jeune en quoi consiste l’activité des organismes de production et du commerce fait partie de l’information qui leur est nécessaire. Leur regard doit pouvoir pénétrer dans ce monde qui leur semble à la fois fascinant et inquiétant. Il faut donc que l’information leur soit fournie.
Mais pour autant il serait trompeur le leur proposer de calquer les modes de fonctionnement des entreprises pour organiser l’enseignement. les objectifs sont totalement différents, les contraintes également.
Le plus grand danger de cette ouverture est que le monde de l’entreprise considère le système éducatif comme le fournisseur de la ressource dont il a le plus besoin: la ressource humaine et qu’il intervienne pour que cette ressource soit calibrée en fonction de ce besoin.
Cette attitude serait dangereuse d’abord en raison de l’impossibilité pour les entreprises de préciser de quelle capacité physique ou intellectuelle elles auront besoin dans une génération. Hors la génération est l’unité de temps de l’éducation alors que l’unité de temps de l’entreprise est beaucoup plus proche de l’année. De combien d’ingénieurs en informatique, de combien de gardiens de bureau aura besoin l’économie dans 25 ans ? personne ne peux le pronostiquer.
Il est donc inutile d’en faire une préoccupation dans l’école.
Mais surtout, cette intrusion de l’entreprise dans le système éducatif détourne celui-ci de sa vocation. Cette vocation n’est pas de procurer à la machine économique la ration d’énergie humaine, de savoir-faire, d’intelligence dont elle a besoin. Elle est, répétons-le, d’un autre ordre. Etre au service, non-pas de l’économie, mais des jeunes qui découvrent le monde, qui s’interrogent sur ce qu’il est, sur ce qu’ils y font, sur ce qu’ils sont eux-mêmes. C’est cette interrogation qu’ils viennent préciser quand ils vont à l’école, et à laquelle ils peuvent espérer avoir des débuts de réponses.
L’entreprise est au service des métabolismes d’une société. Le système éducatif est au service de la construction des personnes qui formeront cette société.
Osons une métaphore:
Pour que j’aie accès à un livre, il a fallu que de multiples artisans fournissent du papier, de l’encre, des rotatives, que des libraires les diffusent. Tout cela, ce sont des métabolismes dont il ne faut pas nier l’importance. Mais ils restent inutiles en l’absence d’un texte, d’une pensée exprimée par des mots. C’est l’acte d’écrire qui est au coeur de cette création.
Et bien de même, joue un rôle l’éducateur qui participe à l’effort d’un jeune avide de se penser lui-même.
Albert Jacquard
24/04/08
L’École n’est pas une Entreprise (2/3)
23/04/08
Le Ministère de l’éducation Nationale n’est pas une entreprise.
Dans une entreprise, qu’elle soit industrielle ou commerciale, il s’agit d’utiliser au mieux les ressources disponibles, que ces ressources soient un capital, un investissement ou des hommes. Car les hommes, comme les machines, sont regardés dans l’entreprise comme des ressources, ce qui est manifesté par la présence (à partir d’une certaine taille de l’entreprise) d’un directeur des ressources humaines, et ce personnage est très élevé dans la hiérarchie.
Pour que ces ressources soient utilisées au mieux, la culture de notre société admet que les individus soient mis dans une structure de compétition.
En permanence, ils sont comparés les uns aux autres et une lutte souvent fort rude les opposent et l’entreprise s’arrange pour que cette opposition soit efficace.
Naturellement ce processus produit des vainqueurs et des vaincus. Il provoque des drames avec un coût humain douloureux. Mais pour les théoriciens de l’économie, cet aspect est rendu acceptable car ils voient dans cette compétition une véritable loi de la nature contre laquelle il serait vain de lutter. L’argument n’est guerre solide, mais constatons que le monde de l’entreprise est aujourd’hui celui de la compétition.
Qu’en est-il du monde de l’éducation ? Sans trop y réfléchir, on le décrit avec les mêmes mots. On y introduit des analyses basées sur les mêmes critères, ce qui aboutit à pervertir sa finalité car l’objectif même de l’éducation est de mettre un enfant ou un adolescent en état de rencontrer les autres, de s’insérer dans une communauté qui va l’aider à devenir lui-même. Il est donc nécessaire que le milieu éducatif crée des rapports entre individus qui puissent être à base confiance, à base de réciprocité et non des rapports à base de crainte et de soumission.
Cette rencontre met systématiquement en évidence des différences. Mais l’erreur dramatique serait de transformer ces différences en hiérarchie en se référent à un jugement sur la valeur de chacun car ce jugement ne peut avoir de sens
et par conséquent la compétition n’a pas à entrer à l’école.
L’opposition entre l’activité des entreprises et celle du système éducatif est toute entière résumé par ce constat.
Dans la première, les différences sont synonymes de hiérarchie, de classement, de trie, d’évaluation, d’élimination.
Dans la seconde (l’école) ces comportements ne peuvent être justifiés.
Malheureusement, l’état d’esprit des premières (des entreprises) a aujourd’hui un pouvoir de diffusion si grand qu’il pénètre dans les justifications des secondes et ils contaminent les plus réfractaires.
L’École n’est pas une Entreprise (1/3)
22/04/08
Comparons le monde de l’entreprise et le monde de l’éducation.
Pour marquer l’opposition, il suffit d’imaginer les rapports humains tel que peut les rêver un PDG d’une grande entreprise et tel que peut le rêver un enseignant dans un lycée quelconque.
Le grand patron sait bien que nombre de ses difficultés sont provoqués par son personnel. Les ouvriers, les employés ne sont jamais contents, ils s’inscrivent dans des syndicats contestataires, ils menacent de faire grève et même, parfois, ils passent à l’acte et toutes les prévisions de productions sont à réviser…
Le rêve du PDG est finalement moins la compétence de son personnel que sa docilité. Il rêve d’un personnel qui accepterait d’être soumis.
Le rêve de l’enseignant, lui, est d’avoir face à lui des élèves qui l’écoutent et surtout qui réagissent. Il est là pour participer à la construction des personnes.
Mais de cette construction il ne connait pas les plans. Il n’en est ni le maître d’ouvrage, ni l’architecte de cette aventure qui va être vécue par l’élève tout au long de son existence. Lui, l’enseignant, il n’est ni l’auteur ni le metteur en scène, quelque soit la comparaison qui vient à l’esprit, il n’est ni ceci, ni cela. En fait, aucune comparaison n’est possible car tout dans le rôle de l’enseignant est paradoxal, ce qui est mis en relief par la phrase d’André Gide, que j’ai déjà évoqué, qui disait à son lecteur: » si tu m’as compris, tu me jettes ».
C’est cela le rôle de l’enseignant: le professeur aide l’enseigné à trouver un chemin dans un labyrinthe que lui même sans doute a autrefois parcouru mais dont il ne sait plus comment il en est lui-même sorti.
La fonction qui lui est confiée consiste à provoquer plus qu’à réaliser, consiste à suggérer plus qu’à orienter, consiste à proposer plus qu’à faire accepter. Il est en face d’une personne en devenir et il lui faut la respecter comme si elle était déjà réalisée.
Son rêve est que le contact qu’il cherche à établir ne soit pas refusé mais que cela ne soit aucunement un signe de soumission.
Par leur contrainte comme par leur finalité, ces deux métiers (le PDG et l’enseignant) sont aux antipodes l’un de l’autre.
Le risque est grand lorsque l’on pense l’un avec le concept utilisé l’autre à tous les niveaux; y compris au niveau le plus élevé, et bien, le risque est catastrophique. Le ministère de l’éducation nationale ne doit pas être considéré comme une entreprise, et pour lui, le concept « rentabilité » n’a aucune signification.