Albert Jacquard
- April 24th, 2008
- By naoul
Archive for the ‘ Sciences des Affaires de la Cité ’ Category
Le Ministère de l’éducation Nationale n’est pas une entreprise.
Dans une entreprise, qu’elle soit industrielle ou commerciale, il s’agit d’utiliser au mieux les ressources disponibles, que ces ressources soient un capital, un investissement ou des hommes. Car les hommes, comme les machines, sont regardés dans l’entreprise comme des ressources, ce qui est manifesté par la présence (à partir d’une certaine taille de l’entreprise) d’un directeur des ressources humaines, et ce personnage est très élevé dans la hiérarchie.
Pour que ces ressources soient utilisées au mieux, la culture de notre société admet que les individus soient mis dans une structure de compétition.
En permanence, ils sont comparés les uns aux autres et une lutte souvent fort rude les opposent et l’entreprise s’arrange pour que cette opposition soit efficace.
Naturellement ce processus produit des vainqueurs et des vaincus. Il provoque des drames avec un coût humain douloureux. Mais pour les théoriciens de l’économie, cet aspect est rendu acceptable car ils voient dans cette compétition une véritable loi de la nature contre laquelle il serait vain de lutter. L’argument n’est guerre solide, mais constatons que le monde de l’entreprise est aujourd’hui celui de la compétition.
Qu’en est-il du monde de l’éducation ? Sans trop y réfléchir, on le décrit avec les mêmes mots. On y introduit des analyses basées sur les mêmes critères, ce qui aboutit à pervertir sa finalité car l’objectif même de l’éducation est de mettre un enfant ou un adolescent en état de rencontrer les autres, de s’insérer dans une communauté qui va l’aider à devenir lui-même. Il est donc nécessaire que le milieu éducatif crée des rapports entre individus qui puissent être à base confiance, à base de réciprocité et non des rapports à base de crainte et de soumission.
Cette rencontre met systématiquement en évidence des différences. Mais l’erreur dramatique serait de transformer ces différences en hiérarchie en se référent à un jugement sur la valeur de chacun car ce jugement ne peut avoir de sens
et par conséquent la compétition n’a pas à entrer à l’école.
L’opposition entre l’activité des entreprises et celle du système éducatif est toute entière résumé par ce constat.
Dans la première, les différences sont synonymes de hiérarchie, de classement, de trie, d’évaluation, d’élimination.
Dans la seconde (l’école) ces comportements ne peuvent être justifiés.
Malheureusement, l’état d’esprit des premières (des entreprises) a aujourd’hui un pouvoir de diffusion si grand qu’il pénètre dans les justifications des secondes et ils contaminent les plus réfractaires.
Comparons le monde de l’entreprise et le monde de l’éducation.
Pour marquer l’opposition, il suffit d’imaginer les rapports humains tel que peut les rêver un PDG d’une grande entreprise et tel que peut le rêver un enseignant dans un lycée quelconque.
Le grand patron sait bien que nombre de ses difficultés sont provoqués par son personnel. Les ouvriers, les employés ne sont jamais contents, ils s’inscrivent dans des syndicats contestataires, ils menacent de faire grève et même, parfois, ils passent à l’acte et toutes les prévisions de productions sont à réviser…
Le rêve du PDG est finalement moins la compétence de son personnel que sa docilité. Il rêve d’un personnel qui accepterait d’être soumis.
Le rêve de l’enseignant, lui, est d’avoir face à lui des élèves qui l’écoutent et surtout qui réagissent. Il est là pour participer à la construction des personnes.
Mais de cette construction il ne connait pas les plans. Il n’en est ni le maître d’ouvrage, ni l’architecte de cette aventure qui va être vécue par l’élève tout au long de son existence. Lui, l’enseignant, il n’est ni l’auteur ni le metteur en scène, quelque soit la comparaison qui vient à l’esprit, il n’est ni ceci, ni cela. En fait, aucune comparaison n’est possible car tout dans le rôle de l’enseignant est paradoxal, ce qui est mis en relief par la phrase d’André Gide, que j’ai déjà évoqué, qui disait à son lecteur: ” si tu m’as compris, tu me jettes”.
C’est cela le rôle de l’enseignant: le professeur aide l’enseigné à trouver un chemin dans un labyrinthe que lui même sans doute a autrefois parcouru mais dont il ne sait plus comment il en est lui-même sorti.
La fonction qui lui est confiée consiste à provoquer plus qu’à réaliser, consiste à suggérer plus qu’à orienter, consiste à proposer plus qu’à faire accepter. Il est en face d’une personne en devenir et il lui faut la respecter comme si elle était déjà réalisée.
Son rêve est que le contact qu’il cherche à établir ne soit pas refusé mais que cela ne soit aucunement un signe de soumission.
Par leur contrainte comme par leur finalité, ces deux métiers (le PDG et l’enseignant) sont aux antipodes l’un de l’autre.
Le risque est grand lorsque l’on pense l’un avec le concept utilisé l’autre à tous les niveaux; y compris au niveau le plus élevé, et bien, le risque est catastrophique. Le ministère de l’éducation nationale ne doit pas être considéré comme une entreprise, et pour lui, le concept “rentabilité” n’a aucune signification.
Déclaration de l’honorable Jason Kenney, secrétaire d’État (Multiculturalisme et Identité canadienne), à l’occasion de l’anniversaire de Son Altesse le prince Karim Aga Khan
OTTAWA, le 12 déc.
“Je tiens à me joindre aux gens de partout dans le monde pour souhaiter un joyeux anniversaire à Son Altesse le prince Karim Aga Khan. J’aimerais également souhaiter de tout coeur Salgirah Mubarak et Khushiali Mubarak à la communauté ismaélienne du Canada.
Grâce au leadership de l’Aga Khan, de nombreux organismes importants qui entreprennent des activités sociales, économiques et culturelles ont été établis aux quatre coins du globe. En Afghanistan, où les soldats canadiens font des sacrifices énormes pour assurer la paix et la sécurité du peuple afghan, la Fondation Aga Khan contribue à remettre sur pied des organismes et à reconstruire des infrastructures, au bénéfice de ce pays. De bien des façons, le travail de ces organismes reflète des valeurs qui sont chères aux Canadiens, dont la liberté, la démocratie, le respect des droits de la personne et la primauté du droit.
Le 5 novembre 2007, j’ai eu le plaisir de rencontrer Son Altesse l’Aga Khan pour discuter des enjeux liés au pluralisme. Le Canada a été choisi pour accueillir le Centre mondial du pluralisme, et je suis heureux que le gouvernement du Canada appuie cet organisme, dont le travail sera la pierre angulaire de la saine gouvernance, de la primauté du droit et du développement humain au cours des années à venir.
À titre de secrétaire d’État (Multiculturalisme et Identité canadienne) et au nom du Premier ministre Stephen Harper, je tiens à féliciter Son Altesse l’Aga Khan des efforts humanitaires qu’il déploie, et je lui souhaite santé et longévité.”
/CNW Telbec/
L’Homme est rarement un loup pour l’Homme.
Le loup est un animal. Rusé et (com)passionnel, il ne tue que les malades, les isolés, les trop-faibles-pour-survivre, alors que l’Homme ne louvoie peu ou prou.
L’homme, instinctivement peut-être, injustement surement, aboie sur son semblable.
L’homme est parfois un chien pour l’homme, donc. Tous les jours (ou presque) vous en apporte la preuve: Vous passez et vous vous faites bousculer, vous faites votre entrée et on vous insulte, vous Êtes et on vous méprise.
Prenez ce matin par exemple. Vous entrez dans une banque du 10ème arr. Le téléphone portable collé à l’oreille en chuchotant un message de la plus haute importance pour déposer un chèque qui vous sauvera sans doute d’un naufrage annoncé (le même que tous le mois).
Cinq secondes plus tard, vous allez raccrocher sur un traditionnel « je t’embrasse », lorsque surgit de derrière le comptoir une vache déguisée en femme, autrement dit une chienne [pour étayer notre thèse]. Celle-ci vous crache (avec autant d’élégance qu’une lanceuse de poids russe aux toilettes) que le téléphone portable est interdit dans l’établissement. Vous, gentiment, toujours coincé dans la messagerie de votre correspondant, vous répondez que vous dites juste « au revoir » et que « pas de problème, ça va pas durer longtemps ».
A ce moment, l’horrible Cerber aux cheveux courts teints en jaune-mondor continue à vous aboyer dessus malgré tout, si bien que vous n’avez toujours pas dit au revoir et que, pris de panique comme un lapin devant les phares d’une voiture, vous avez toujours le téléphone dans à l’oreille. Vous pagayez entre la boite-vocale et la dame méchante des mots qui ne s’adressent ni à l’une, ni à l’autre. Vous raccrochez d’un coup sans avoir pu dire au revoir.
Vous êtes choqués par cette grosse femme informe habillée dans un sac de laine bicolore (marron et rouge) qui n’a été que pure haine vis à vis de vous. Vous auriez aimé sauter par-dessus le comptoir et lui mordre (comme le loup que vous êtes) sa gorge grasse, lui arracher la jugulaire et lui hurler :
« TA GUEULE !!! APPREND A DIRE BONJOUR – PARDON – MERCI – AU REVOIR !! C’EST TON MÉTIER !!! »
Mais vous ne l’avez pas fait et vous vous êtes contenté de remplir votre bordereau de remise de chèque, de sourire au petit homme à côté de la boite de dépôt et de sortir sans claquer la porte.
Dehors : ni loups, ni chiens. Juste un froid de canard.