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3mai/080

Espérances de vie (4/4)

La leçon principale des enquêtes sur l'espérance de vie des diverses catégories professionnelles est le constat(selon la terminologie de l’INED) le constat d’une double peine infligée aux travailleurs manuels. Non seulement ils sont désavantagés devant la mort mais ils le sont aussi devant les divers handicapes qui apparaissent avec l’âge.

Lorsqu’ils atteignent 35 ans et que leur place dans la société est stabilisée, les cadres supérieurs peuvent regarder l’avenir en sachant qu’il durera en moyenne 47 années. Il est raisonnable par conséquent, pour eux, d'espérer atteindre leur 82 ème anniversaire.

Les ouvriers, eux, doivent se contenter au même âge de 35 ans d’une espérance de 41 années. Ils ne dépasseront guère en moyenne 76 ans. C’est donc 6 années de vie qui leur sont soustraites par une organisation sociale qui ne leur permet pas de bénéficier des conditions faites aux cadres supérieurs.

Cette différence est encore aggravée si l’on tient compte des handicapes liés au vieillissement.

Pour les cadres, leurs 47 ans encore à vivre ne comporterons que treize années au cours desquels ils subiront au moins une des incapacités. Il leur reste donc 35 années en pleine santé. Pour les ouvriers, les incapacités s’étendront plus longtemps : 17 années, ce qui ramène leur durée de vie en pleine santé à 24 ans. Dix ans de moins que pour les cadres.

Cette avalanche de chiffre risque d’occulter la réalité. Elle décrit pourtant une situation très lourde de conséquences. Si l’on voulait résumer tout ce tableau par un chiffre, je propose de mettre en encadré les dix années supplémentaires de vie en bonne santé qui sont accordés aux cadres supérieurs et qui sont, de faite, refusés aux ouvriers.

N’est on pas face à la pire de inégalités?

Certes les individus ne reçoivent pas de la nature les mêmes promesses de durée et de santé mais au niveau collectif, la réalité actuelle n’a rien de fatale elle est l’aboutissement d’une logique économique basée sur la compétition et sur la définition de la valeur de chaque bien par le jeu du marché. Pour se rapprocher d’une organisation sociale plus cohérente avec l’objectif d’égalité entre les citoyens, certaines reformes par exemple dans le régime de retraite peuvent aller dans le bon sens mais elles risquent fort de n’être pas à la mesure du problème.

Nous sommes ici devant l’un des multiples problèmes exigeant une pensée véritablement nouvelle.

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