L’enlèvement (2/7)

Bientôt, Concorde. Cette jolie partie de Paris qu’elle aimait tant, bien que d’innombrables touristes la gênaient lors de ses runnings quotidiens. La vue était splendide. Le bus slalomait entre les voitures pour se diriger vers Madeleine, l’arrêt précédent sa sortie. Elle se leva et regarda d’un œil inquiet un homme qui la dévisageait depuis quelques minutes déjà. Elle était pourtant habituée aux regards des hommes qui la scrutaient. Léa avait pour habitude de comparer ces regards appuyés à des radiographies de médecins. Mais que pouvait-elle faire ? Si seulement ils étaient beaux ! La plupart étaient beaucoup plus âgés qu’elle, ce qui la répugnait d’autant plus. Mais ce personnage-là lui semblait douteux. C’était un Asiatique au regard ténébreux. Ça lui rappelait ce voyage qu’elle ne ferait pas finalement puisqu’on avait choisi pour elle. À dix-neuf ans, elle ne demandait qu’un peu d’autonomie. Ce n’était pas du luxe tout de même. Elle se demandait souvent si la paranoïa était une maladie héréditaire. Depuis un certain temps déjà elle portait une bombe lacrymogène prête à être utilisée en cas de danger. Soudainement, l’Asiatique se leva précipitamment et se plaça juste en face d’elle. Son visage exprimait une intense colère et une détermination sans borne. Léa sentit une peur panique l’envahir.

Aymeric se sentait coupable de cet appel. Difficile d’élever tout seul une jeune fille. Il repensait à sa décision confortablement installé dans son canapé noir en cuir de vachette pur porc A.O.C.. Pour se détendre, il passa un coup de fil à son ami François C., ancien collègue et partenaire au club des « 5 A » (l’Association Amicale des Amateurs d’Andouillette Authentique). Pas de réponse. Tant pis. Le temps lui paraissait très long depuis qu’il était parti à la retraite. Son métier lui manquait terriblement d’autant plus qu’il était le leadeur du groupe d’intervention des parachutistes du 13ème RDP plus communément appelé « les dragons ». « La chine », murmura-t-il, « quel pays splendide ». Il se trouva d’autant plus injuste que lui-même aurait tout donné pour ressauter d’un Falcon 900, une des plus belles pièces de l’armée de l’air française. À chaque évocation du pays du soleil levant, son passé le hantait à nouveau. Il y avait effectué d’innombrables missions dont celle qui s’était passée à Gabasumdo qui lui avait valu ce grade de Général d’armée aérienne et son surnom de Scarface. Un Chinois lui avait jeté de l’acide chlorhydrique au visage. Une sonnerie de téléphone le fit sortir de ses pensées.

- Papa, je crois que quelqu’un me suit, depuis la sortie du bus. Je le vois partout.

- Donne-moi ta position et décris le moi.

- Heu… je suis en face de La Banque Postale, paniqua t-elle.

- Ne bouge pas je viens te chercher.

Il se leva précipitamment et sortit de sa maison. Arrivé devant son portillon, il entendit un crissement de pneu. Une Porsche Cayenne modèle V8 de 4 806 cm3 passant de 0 à 100 km/h en 6,6 secondes. À l’intérieur : un seul homme. Son regard perçant à travers le pare-brise était braqué sur celui d’Aymeric. Il le connaissait. La Porsche continua son chemin.

  1. No comments yet.

  1. No trackbacks yet.

Copy Protected by Chetans WP-Copyprotect.