L’enlèvement (5/7)

Aymeric se réveilla en sursaut, en nage. Ce cauchemar lui donna l’impression d’avoir consommé des substances hallucinogènes. Lorsqu’il se réveilla, il était 16h de la journée suivante. On l’avait drogué, c’était sûr, très certainement un dérivé du GHB. Un rapide coup d’œil à son portable lui fit comprendre qu’il avait manqué trois appels provenant de numéros masqués. On lui faisait perdre du temps. La boîte abritait quelque chose de louche. Il fit un rapide check up de ses affaires, Desert Eagle, menottes en plastique, matraque en fer télescopique ; c’est bon il était prêt. Une fois dans la rue, il fit le tour du pâté de maisons pour étudier les lieux et découvrit l’entrée de service de la boîte.

Il y avait une porte gardée par un homme patibulaire de type sicilien. Il s’approcha lentement dans la ruelle en cachant la matraque derrière son dos et lui écrasa sur la nuque. L’homme s’écroula sans un bruit. La porte était verrouillée. Aymeric fouilla le garde et trouva la clé. Il pénétra dans la boîte, un silence de mort y régnait. Il remarqua des ombres mouvantes à l’étage et se dissimula dans la pénombre. Arrivé devant la porte du boss, il crocheta la serrure grâce à un cure-dent qu’il avait pris sur le comptoir du bar. Il retourna le bureau dans son intégralité, mais sans résultat. Sous le joug de la colère il frappa violemment le mur. En tournant rageusement dans le bureau à la recherche d’indices, il se rendit compte qu’à un certain endroit de la pièce, ses pas résonnaient plus profondément. Il souleva un bord du tapis persan et découvrit une trappe métallique. Il prit le katana accroché au mur et s’en servit pour faire levier. La trappe s’ouvrit en grinçant. Un escalier descendait dans les entrailles de la boîte. Il finit par tomber sur une pièce obscure dont la lumière blafarde des néons donnait une couleur fantasmagorique aux murs aseptisés du laboratoire.

Il rentra lentement son pistolet à la main. C’était la planque secrète de Tony Leung, son laboratoire de synthèse pour la drogue dont il avait été victime le soir précédent. En parcourant les allées, ses yeux se posaient sur divers tubes et éprouvettes remplies de liquides fluorescents et tremblotants sous la douce flamme des becs Bunsen. Une forte odeur de soude caustique le prit à la gorge. « Alors, c’était donc ça ton petit secret, espèce de crapule », marmonna-t-il dans sa barbe naissante. Il sortit sa matraque et commença à saccager le laboratoire avec jouissance.

- Alors, tu t’amuses bien on dirait ? dit  une voix dans son dos qu’il reconnut immédiatement.

- Effectivement, c’est pas mal comme défouloir.

- Tu sais que tu me poses de sérieux problèmes.

- Rend moi ma fille et je partirai sans faire d’histoire. J’oublierai même avoir vu tes activités illicites.

- Je te répète que je n’ai rien à voir là-dedans, n’écoutes-tu pas ce que je dis ? Mais ça n’a plus d’importance. Tu as vu cet endroit, je ne peux pas prendre le risque de te laisser raconter tout ça à tes amis bien placés. A ton avis comment ai-je pu rester aussi longtemps le leadeur de ce marché ? Occupez-vous de lui, ordonna t-il.

Aymeric sentit un coup sourd sur le derrière de son crâne puis tout devint noir.

Lorsqu’il reprit ses esprits, il était attaché au mur dans une pièce glauque, insalubre et sans fenêtre. Un Asiatique s’affairait sur une table couverte d’objets tranchants et contondants. L’homme portait un masque de chirurgien dissimulant assez mal un sourire sadique. Il jeta un coup d’œil à ses liens. Ses poings étaient attachés au-dessus de sa tête à un tuyau brûlant. « C’est l’arrivée d’eau chaude », pensa-t-il. Il observa méthodiquement sa salle de détention. À première vue, la salle devait être utilisée régulièrement pour ces séances de tortures. Du sang encore frais coulait le long du mur où d’autres prisonniers avaient, sans aucun doute, fini ici leurs périples. Un flash de son passé lui traversa rapidement l’esprit. « Parmi toutes les plus atroces tortures que j’ai subies, laquelle vont-ils utiliser aujourd’hui ? ». Son entraînement lui revint aussi en mémoire. Toutes les techniques qu’on lui avait enseignées pour contenir sa douleur le plus longtemps possible lui semblaient bien loin maintenant. Une peur viscérale l’envahit. Il redescendit de son nuage pour se focaliser sur une échappatoire. Son bourreau s’affaira à ses côtés. Il préparait une pâte bouillonnante de couleur jaunâtre qui crépitait, craquait et crachait au-dessus d’un bol. Il comprit alors le sadique stratagème. On allait lui appliquer cette mixture sur son corps dénudé. L’homme masqué s’approcha alors de ses parties génitales pour la lui étaler consciencieusement. Des larmes lui coulaient le long des joues. Une douleur atroce le transperçait de part en part. En voyant l’homme sortir, il sut que le temps de repos allait être long. Vingt minutes plus tard, le boss arriva pour la phase finale. Aymeric mit alors son stratagème d’évasion en place. D’une force herculéenne il arracha le tuyau auquel il était attaché, assommant d’un coup sec Honubo. Tous deux s’effondrèrent. L’un de douleur, l’autre d’inconscience. La douleur lui paralysait les jambes.

« Scarface Aymeric » se redressa et dans un ultime cri de douleur décocha un crochet du droit bien placé qui régla le compte du bourreau. Il remit son pantalon qui s’accrocha à la cire. « Aie, ça va faire mal quand je vais retirer ça. », pensa t-il. Il hésita entre rentrer à son hôtel ou poursuivre son enquête, mais la douleur était trop insupportable pour pouvoir continuer.

Arrivé dans sa chambre il se précipita dans la salle de bain et prit une fiole de lait de chèvre dans le minibar. Il le déversa sur ses parties génitales et se rendit compte, à l’odeur, qu’il était périmé depuis un an. « J’aurais dû aller au Hilton », plaisanta-t-il. Il commença à tenter de décoller le pantalon et sa peau de la cire chimique. Une sensation lancinante lui parcourut la jambe. Il tira d’un coup sec. La peau partit avec. « Aie », hurla-t-il, « les techniques de tortures chinoises sont vraiment au point ! ». Mais Aymeric était un dur à cuir. Il pansa ses plaies et appela son contact afin qu’il se procure du C4, un puissant explosif. Il avait sa petite idée. Menacer la triade de faire tout exploser pour obtenir des informations sur sa fille. Le rendez-vous était fixé sur le parking du Cheapchina, le nouveau centre commercial à la mode.

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