L’enlèvement (6/7)

Six heures du soir : les deux hommes arrivèrent. Le contact lui présenta la marchandise. Un bloc de deux kilogrammes. De quoi faire sauter une usine entière.

- Et donc ça, tu me garantis que c’est du C4 ?

Au cours de sa carrière, il avait eu de nombreuses fois l’occasion d’être confronté à ce type d’armement. Le C4 était caractérisé par une forte odeur âcre ainsi qu’une texture argileuse. Celui-ci ressemblait plus à de la pâte à modeler qu’à un explosif. Il comprit alors qu’on essayait de le rouler. Sans perdre une seconde, il sortit son arme et lui tira dans le genou. L’homme s’effondra dans un cri de déchirement.

- Je te donnerai tout ce que tu veux, couina-t-il.

- Parce que tu crois que t’as le choix ? rétorqua Aymeric.

Il traîna l’homme jusqu’à sa voiture pour le cacher dans le coffre. Il découvrit alors qu’un bloc de C4 l’attendait. Il prit la voiture de son contact, enclencha le GPS et retourna au laboratoire.

Sur le chemin il réfléchit sur la stratégie à adopter pour capturer le big boss du FBB et accessoirement des Triades. Il arriva en trombe devant le FBB. Les badauds s’écartèrent de peur. Pied au plancher, il fonça comme un forcené dans la porte du FBB qui vola en éclat sous le choc. Les gorilles mirent quelques secondes avant de réagir. Aymeric en profita pour sortir de la voiture et d’un pas assuré s’avança vers les sbires de Tony. Dans un mouvement théâtral digne des plus grands films hollywoodiens, il dégaina son arme et fit parler la poudre. Deux hommes s’écroulèrent sous une pluie de balles. Ils furent aussitôt remplacés par trois autres hommes de main. Il courut, s’agrippa des deux mains au poteau et exécuta un splendide coup de pied rotatif qui mit K.O. deux d’entre eux. Le dernier homme lui assena un méchant coup de couteau dans le bras. Hors de lui, Aymeric sortit le couteau de la plaie et l’envoya dans l’œil de son assaillant.

Une fois à l’intérieur de la boîte, il localisa la réserve d’alcool stockée dans des citernes et y fixa le C4. Il y plaça méthodiquement son téléphone portable et enclencha le système de contrôle à distance réactive au numéro préprogrammé de son deuxième téléphone. Il entendit au loin des bruits de pas. Il s’agissait très certainement de Tony, qui, après avoir entendu tout ce vacarme, décida d’aller voir ce qu’il se passait. Tony ne fut pas surpris que l’auteur de ce boucan soit Aymeric. « Je l’ai sous-estimé », pensa-t-il.

- Je n’arriverai donc pas à me débarrasser de toi.

- Que ferais-tu à ma place ? Tu serais encore plus violent et plus persistant, rétorqua t-il.

- Ta petite vie misérable ne me concerne pas, retraité ! Tu n’es plus dans le coup et ça sera ta perte.

L’Asiatique plongea en direction de son bureau juste à temps pour éviter la dernière balle du pistolet d’Aymeric. « Comme par hasard, plus de balles ! » s’exclama ce dernier. Il rangea son arme pour affronter l’Asiatique à main nue. Tony en ressortit avec un Nunchaku, arme composée de deux bâtons reliés par une chaîne, très prisée par la mafia chinoise.

- Tu fais moins ton fier salaud de Français ! Je vais te faire payer pour mon club et parce que ton peuple pose des problèmes pour les Jeux Olympiques de 2008 à Beijin, s’écria le propriétaire du club.

Tous deux s’élancèrent l’un vers l’autre pour en découdre. Chacun, motivé par des raisons personnelles, donnait toute son âme dans le combat. La douleur due à la récente torture handicapait « Scarface Aymeric » et le ralentissait dans ses attaques. Les insultes et les coups commencèrent à fuser de toute part. L’Asiatique avait sensiblement le dessus. Un entraînement quotidien aux arts martiaux lui avait donné cette rapidité et cette puissance qui mettait en échec chaque coup d’Aymeric. Dans une colère folle, ce dernier se jeta de toutes ses forces sur son rival qui l’esquiva dans un sourire amusé. Il tomba à la renverse et s’écrasa contre un pilier du club où l’on pouvait y lire un panneau « violence interdite en public sous peine de sanctions ».

  • Tu es pathétique, se moqua Tony. Je vais prendre un plaisir sans limite à te tuer.

Il regarda Aymeric ramper tel un chien à l’agonie. Celui-ci se dirigea vers le bureau du boss. Tout en rampant il essayait d’esquiver les coups de pieds que lui donnait Tony. Dans un éclair d’intelligence, il tenta un coup de poker en sortant son pistolet dont le chargeur était vide et le braqua sur le mafieux.

- Plus un geste ou je te fais un trou à la place de la tempe ! s’écria-t-il.

- Tu me crois assez stupide pour être effrayé d’une arme vide ?

- Qu’est-ce qui te fait croire qu’elle est vide ? questionna le braqueur.

- J’ai entendu le cliquetis caractéristique d’un chargeur vide ! rétorqua-t-il en éjectant d’un coup de pied l’arme inutilisable.

Se sentant perdu, Aymeric se releva dans un ultime effort et se précipita dans le bureau du chef. Son pied gauche lui faisait terriblement mal ce qui entraînait une démarche asymétrique. Il se jeta dans un dernier espoir dans l’ouverture du sol où on pouvait accéder au laboratoire. Il avait un plan. Il se repassa en mémoire sa torture et sut quel moyen utiliser pour mettre hors d’état de nuire son adversaire. Il savait qu’on allait le suivre. Il se prépara à passer à l’action. Alors, son ennemi entra par la trappe d’un air décontracté et sûr de lui. Sans perdre un instant, Aymeric prit le bol qui contenait le résidu de cire bouillante et l’envoya à travers la pièce en direction de Tony. Le récipient s’écrasa dans un craquement. Un rugissement fit trembler les murs. Du liquide visqueux dégoulinait de son visage tel un magma bouillonnant. Il s’écroula sous la douleur insurmontable. Au bout d’un quart d’heure, il reprit ses esprits. Les mains liées dans le dos avec une chose indéfinissable autour du cou qui le grattait.

- Qu’est-ce que tu m’as fait ? aboya-t-il.

- Tu as autour du coup un fin collier de C4. Juste assez pour te faire sauter la tête comme un bouchon de champagne sans me blesser.

- Tu es un grand malade ! Enlève-moi ça tout de suite ou je…

- Tu quoi ? Où est ma fille ?

- Je ne sais pas, je te le jure, sanglota-t-il

- Hum… je te crois, mais ce n’est pas ça qui va te sauver.

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