Juste un froid de canard
- December 8th, 2007
- By naoul
L’Homme est rarement un loup pour l’Homme.
Le loup est un animal. Rusé et (com)passionnel, il ne tue que les malades, les isolés, les trop-faibles-pour-survivre, alors que l’Homme ne louvoie peu ou prou.
L’homme, instinctivement peut-être, injustement surement, aboie sur son semblable.
L’homme est parfois un chien pour l’homme, donc. Tous les jours (ou presque) vous en apporte la preuve: Vous passez et vous vous faites bousculer, vous faites votre entrée et on vous insulte, vous Êtes et on vous méprise.
Prenez ce matin par exemple. Vous entrez dans une banque du 10ème arr. Le téléphone portable collé à l’oreille en chuchotant un message de la plus haute importance pour déposer un chèque qui vous sauvera sans doute d’un naufrage annoncé (le même que tous le mois).
Cinq secondes plus tard, vous allez raccrocher sur un traditionnel « je t’embrasse », lorsque surgit de derrière le comptoir une vache déguisée en femme, autrement dit une chienne [pour étayer notre thèse]. Celle-ci vous crache (avec autant d’élégance qu’une lanceuse de poids russe aux toilettes) que le téléphone portable est interdit dans l’établissement. Vous, gentiment, toujours coincé dans la messagerie de votre correspondant, vous répondez que vous dites juste « au revoir » et que « pas de problème, ça va pas durer longtemps ».
A ce moment, l’horrible Cerber aux cheveux courts teints en jaune-mondor continue à vous aboyer dessus malgré tout, si bien que vous n’avez toujours pas dit au revoir et que, pris de panique comme un lapin devant les phares d’une voiture, vous avez toujours le téléphone dans à l’oreille. Vous pagayez entre la boite-vocale et la dame méchante des mots qui ne s’adressent ni à l’une, ni à l’autre. Vous raccrochez d’un coup sans avoir pu dire au revoir.
Vous êtes choqués par cette grosse femme informe habillée dans un sac de laine bicolore (marron et rouge) qui n’a été que pure haine vis à vis de vous. Vous auriez aimé sauter par-dessus le comptoir et lui mordre (comme le loup que vous êtes) sa gorge grasse, lui arracher la jugulaire et lui hurler :
« TA GUEULE !!! APPREND A DIRE BONJOUR – PARDON – MERCI – AU REVOIR !! C’EST TON MÉTIER !!! »
Mais vous ne l’avez pas fait et vous vous êtes contenté de remplir votre bordereau de remise de chèque, de sourire au petit homme à côté de la boite de dépôt et de sortir sans claquer la porte.
Dehors : ni loups, ni chiens. Juste un froid de canard.