L’École n’est pas une Entreprise (3/3)
- April 25th, 2008
- By naoul
Revenons sur ce constat qu’il est de bon ton, aujourd’hui, de préconiser, comme on dit, une large ouverture de l’Ecole sur l’Entreprise.
Il est vrai que montrer aux jeune en quoi consiste l’activité des organismes de production et du commerce fait partie de l’information qui leur est nécessaire. Leur regard doit pouvoir pénétrer dans ce monde qui leur semble à la fois fascinant et inquiétant. Il faut donc que l’information leur soit fournie.
Mais pour autant il serait trompeur le leur proposer de calquer les modes de fonctionnement des entreprises pour organiser l’enseignement. les objectifs sont totalement différents, les contraintes également.
Le plus grand danger de cette ouverture est que le monde de l’entreprise considère le système éducatif comme le fournisseur de la ressource dont il a le plus besoin: la ressource humaine et qu’il intervienne pour que cette ressource soit calibrée en fonction de ce besoin.
Cette attitude serait dangereuse d’abord en raison de l’impossibilité pour les entreprises de préciser de quelle capacité physique ou intellectuelle elles auront besoin dans une génération. Hors la génération est l’unité de temps de l’éducation alors que l’unité de temps de l’entreprise est beaucoup plus proche de l’année. De combien d’ingénieurs en informatique, de combien de gardiens de bureau aura besoin l’économie dans 25 ans ? personne ne peux le pronostiquer.
Il est donc inutile d’en faire une préoccupation dans l’école.
Mais surtout, cette intrusion de l’entreprise dans le système éducatif détourne celui-ci de sa vocation. Cette vocation n’est pas de procurer à la machine économique la ration d’énergie humaine, de savoir-faire, d’intelligence dont elle a besoin. Elle est, répétons-le, d’un autre ordre. Etre au service, non-pas de l’économie, mais des jeunes qui découvrent le monde, qui s’interrogent sur ce qu’il est, sur ce qu’ils y font, sur ce qu’ils sont eux-mêmes. C’est cette interrogation qu’ils viennent préciser quand ils vont à l’école, et à laquelle ils peuvent espérer avoir des débuts de réponses.
L’entreprise est au service des métabolismes d’une société. Le système éducatif est au service de la construction des personnes qui formeront cette société.
Osons une métaphore:
Pour que j’aie accès à un livre, il a fallu que de multiples artisans fournissent du papier, de l’encre, des rotatives, que des libraires les diffusent. Tout cela, ce sont des métabolismes dont il ne faut pas nier l’importance. Mais ils restent inutiles en l’absence d’un texte, d’une pensée exprimée par des mots. C’est l’acte d’écrire qui est au coeur de cette création.
Et bien de même, joue un rôle l’éducateur qui participe à l’effort d’un jeune avide de se penser lui-même.