Posts Tagged ‘ France

Espérances de vie (4/4)

La leçon principale des enquêtes sur l’espérance de vie des diverses catégories professionnelles est le constat(selon la terminologie de l’INED) le constat d’une double peine infligée aux travailleurs manuels. Non seulement ils sont désavantagés devant la mort mais ils le sont aussi devant les divers handicapes qui apparaissent avec l’âge.

Lorsqu’ils atteignent 35 ans et que leur place dans la société est stabilisée, les cadres supérieurs peuvent regarder l’avenir en sachant qu’il durera en moyenne 47 années. Il est raisonnable par conséquent, pour eux, d’espérer atteindre leur 82 ème anniversaire.

Les ouvriers, eux, doivent se contenter au même âge de 35 ans d’une espérance de 41 années. Ils ne dépasseront guère en moyenne 76 ans. C’est donc 6 années de vie qui leur sont soustraites par une organisation sociale qui ne leur permet pas de bénéficier des conditions faites aux cadres supérieurs.

Cette différence est encore aggravée si l’on tient compte des handicapes liés au vieillissement.

Pour les cadres, leurs 47 ans encore à vivre ne comporterons que treize années au cours desquels ils subiront au moins une des incapacités. Il leur reste donc 35 années en pleine santé. Pour les ouvriers, les incapacités s’étendront plus longtemps : 17 années, ce qui ramène leur durée de vie en pleine santé à 24 ans. Dix ans de moins que pour les cadres.

Cette avalanche de chiffre risque d’occulter la réalité. Elle décrit pourtant une situation très lourde de conséquences. Si l’on voulait résumer tout ce tableau par un chiffre, je propose de mettre en encadré les dix années supplémentaires de vie en bonne santé qui sont accordés aux cadres supérieurs et qui sont, de faite, refusés aux ouvriers.

N’est on pas face à la pire de inégalités?

Certes les individus ne reçoivent pas de la nature les mêmes promesses de durée et de santé mais au niveau collectif, la réalité actuelle n’a rien de fatale elle est l’aboutissement d’une logique économique basée sur la compétition et sur la définition de la valeur de chaque bien par le jeu du marché. Pour se rapprocher d’une organisation sociale plus cohérente avec l’objectif d’égalité entre les citoyens, certaines reformes par exemple dans le régime de retraite peuvent aller dans le bon sens mais elles risquent fort de n’être pas à la mesure du problème.

Nous sommes ici devant l’un des multiples problèmes exigeant une pensée véritablement nouvelle.

Espérances de vie (3/4)

Nous avons vu que l’espérance de vie à la naissance est une caractéristique permettant des comparaisons très riche de signification entre les diverses nations. Elle constitue une véritable mesure de la progression d’une collectivité vers une organisation plus respectueuse des droits de l’homme. Mais ces comparaisons sont toutes autant riches d’enseignement lorsque lorsqu’elles concernent non plus deux nations mais deux collectivités distinctes à l’intérieur d’une même nation.

La quête des informations permettant des calculs nécessaires est beaucoup plus laborieuse car les données d’état civils ne sont pas suffisantes. Il se trouve qu’en France, une enquête réalisée par l’institut des statistiques, il y a 5 ans, a permis une analyse précise des diverses catégories des citoyens français face non seulement aux risques de décès mais aussi au risque d’invalidité. Le point de départ de cette étude dont les résultats viennent d’êtres publiés par l’INED, c’est la comparaison des parcours de vie des cadres supérieurs et des ouvriers.

A l’âge de 35 ans, les cadres masculins ont encore en moyenne 47 années à vivre. Les ouvriers: 41 années seulement soient 6 années de moins. Pour les femmes, l’écart est nettement moindre 51 pour les cadres, 49 pour les ouvrières. On peut cependant se demander si l’avantage offert aux cadres avec ces années de vie supplémentaires n’est pas compensée par une fin de vie plus longuement soumise à de multiples handicapes.

Pour préciser ce point, les diverses invalidité ont été classés en trois groupes selon leurs conséquences pour la vie quotidienne:
le type 1 est celui des difficultés sensorielles: une mauvaise vue, une surdité par exemple,
le type 2: celui des difficultés à accomplir les tâches de la vie courante,
le type 3: celui des incapacités nécessitant une aide pour les soins personnels.

Parmi la multitude de nombre résumant les résultats de cette étude [...], retenons les durées restant lorsqu’on à 35 ans à vivre sans souffrir d’aucune de ces incapacités.
Cette espérance de vie en bonne santé est de 34 années pour les cadres masculins et de 24 années seulement pour les ouvriers; soit un écart considérable de 10 années. Et oui, un ouvrier, à 35 ans, a 10 années de moins à vivre en bonne santé que les cadres.

Il s’agit de deux biens considérés comme précieux: la vie et la santé.
Mais quel est le plus précieux? Constatons que la réponse, ce bien est reçu en beaucoup plus grande abondance par les cadres que par les ouvriers.

Espérances de vie (2/4)

Nous avons vu hier qu’au prix d’hypothèses très réalistes, il est possible de caractériser le niveau sanitaire d’une population au moyen d’un paramètre dont chacun peut comprendre la signification: l’espérance de vie à la naissance.
Ce paramètre permet des comparaisons dont le résultat est parfois lourd de signification.

Par exemple en Amérique du Nord, selon l’Encyclopedia Britanica, l’espérance de vie des hommes est au Canada de 77 ans, à Cuba et chez les blancs des Etats-Unis de 75 ans, de 73 ans au Mexique et de 69 ans seulement pour les personnes non-blanches des États-Unis. Et la classification est semblable pour les femmes: 84 ans au Canada et seulement 78 ans au Mexique. Autrement dit, dans ce continent américain, seul le Canada dispose d’un système sanitaire aussi efficace que celui de la France.

Nous avons pris l’habitude de comparer les niveaux de vie des diverses nations en calculant les richesses produites exprimées en euros ou en dollars. A ce compte, les USA avec 38 000 dollars par habitants l’emportent largement sur Cuba qui atteint à peine (toujours suivant les données de l’Encyclopedia) 3 000 dollars par an et par personne. Douze fois moins que les USA et dix fois moins que la France.

Ces quelques comparaisons mettent évidence la difficulté d’établir un palmarès des nations. Tout dépend du choix des caractéristique qui sont considérées comme essentielles. Autrement dit, tout dépend de la finalité adoptée par la société.
C’est là que se manifeste véritablement l’orientation collective. Faut-il privilégier les activités qui produisent des richesses (mesurables en euros ou en dollars)? ou celles qui permettent un meilleur fonctionnement du système sanitaire? ou encore celles qui rendent efficace le système éducatif? ou encore celles qui s’inscrivent dans la perspective d’un futur conflit nucléaire…
L’important est que la réponse soit formulée de façon claire.

Les dictatures posent souvent la question sous la forme simple : “Du beurre ou des cannons, que voulez-vous ?” Cette présentation a au moins le mérite de ne pas être hypocrite. Par contre, le choix mal défini qui est celui présenté par le terme croissance est surtout un camouflage des véritables objectifs, ou pire encore, le camouflage de l’absence d’objectifs… Oui, insistons là-dessus; les USA : 38 000 dollars par habitant, Cuba : 3 000. Douze fois moins, mais l’espérance de vie : 84 ans pour les femmes blanches et seulement 76 pour les femmes noires des Etats-Unis d’Amérique.

Espérances de vie (1/4)

Une fois de plus, le bulletin mensuel publié par l’institut national d’études démographiques (l’INED) rapporte des informations qui nous éclairent sur un aspect peu connu et pourtant fondamental de notre société. Il s’agit de l’espérance de vie. Une caractéristique qui nous intéresse tous.
Encore, faut-il bien comprendre ce qu’elle signifie et la façon dont elle est calculée.

Le plus souvent, ce qui est annoncé par les médias est l’espérance de vie à la naissance.
Le mot espérance doit être entendue avec le sens que lui attribue le raisonnement probabiliste. Cette espérance est calculée, par exemple pour l’année 2007, à partir des statistiques de décès fournies par l’état civile. Elles permettent de calculer les probabilités, pour un individu ayant l’âge a au 1er janvier 2007, d’être encore vivant au 1er janvier 2008.
On fait alors l’hypothèse qu’au cours des années avenirs, les probabilités de survie aux divers âges seront les mêmes que celles constatées entre le début et la fin de 2007.

On calcule ainsi les diverses valeurs de la variable aléatoire nombre d’années encore à vivre dont on calcule la moyenne. Le nombre obtenu: l’ espérance de vie, est un très bon indicateur du niveau sanitaire d’une population ou d’une nation; encore faut-il ne pas se leurrer sur sa signification.

Dire que l’ espérance de vie à la naissance est actuellement, en France, de 77 ans pour les garçons et de 84 ans pour les filles, ne constitue pas une prévision que l’on pourrait faire face à un enfant qui vient de naître. Ces nombres correspondent à l’hypothèse que ces enfants rencontreront au cours de leur vie à chaque âge, le même risque de mortalité qu’ont affrontées les personnes de cet âge là en 2007.

On peut espérer qu’en réalité les conditions de vie seront améliorées et que le système sanitaire sera encore plus efficace à l’avenir. Si l’on veut faire des prévisions, il faut donc faire l’hypothèse d’un accroissement de cette espérance. Il n’est pas exclu qu’à la fin du siècle qui commence, les espérances de vie dans notre pays dépasseront 100 années aussi bien pour les hommes que pour les femmes.

Parvenir à ce résultat est très probablement à la portée de nos sociétés. C’est une question de volonté, de mesures prises pour soigner. Et cela serait une véritable source d’émerveillement face aux humains qui ont été capables d’utiliser leur intelligence à jouer sur la durée de leur propre vie.

QR Code Business Card Copy Protected by Chetans WP-Copyprotect.