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L’enlèvement (7/7)

Les sbires du leader de la mafia étaient presque arrivés à la planque quand ils entendirent une explosion brève mais puissante qui s’échappa du bureau de leur chef. Ils accélérèrent le pas et virent un homme se précipiter vers la fenêtre la plus proche. Abasourdis ils mirent quelques secondes à dégainer. Quelques secondes suffisantes pour laisser s’échapper Aymeric, qui traversa la vitre dans un fracas tonitruant. Sans un regard, Aymeric fit un vol plané digne des plus grands champions de deltaplane. Dans sa chute, il eut la présence d’esprit de sortir son téléphone portable pour enclencher le compte à rebours de la bombe. Il eut juste le temps d’entendre une fantastique explosion avant de s’écraser lamentablement sur la route. Il entendait des sons lointains comme si son esprit quittait peu à peu son corps. Les pulsations de son cœur se faisaient plus intenses et chacune d’entre elle devenait peu à peu plus douloureuse. Il ne sentit plus rien.

Aymeric ouvrit les yeux. Il était allongé dans un lit d’une chambre insipide. « Un hôpital sans aucun doute », se dit-il. Plusieurs fils partaient de son bras droit et étaient reliés à une poche remplie d’un liquide transparent. « Hé ho », cria-t-il, mais aucun son ne sorti de sa bouche. Il venait de reconnaître par la fenêtre le drapeau français flottant sur un bâtiment officiel. « Impossible », s’écria-t-il. Un homme entra dans sa chambre. Il était de taille moyenne, mais de corpulence impressionnante. Sa démarche inspirait le respect et il avait cette expression dans le visage qui passait pour de la détermination et de la rigueur. Aymeric fut surpris d’être autant impressionné par cet inconnu. Avant qu’il n’ait eu le temps d’ouvrir la bouche, l’homme se présenta.

- Commandant Yves Plaindoux à votre service. On vous a rapatrié d’urgence il y a trois jours. Vous êtes resté dans le coma durant tout ce temps.

- Comment ça vous m’avez rapatrié ? Êtes-vous fou ? Je dois retrouver ma fille ! Elle s’est fait kidnappé en Chine. Il faut impérativement que j’y retourne, s’énerva t-il.

- Votre fille ? Négatif mon général. Elle se trouve actuellement dans nos locaux.

- Pardon ? Que venez-vous de dire ? Vous devez faire erreur ! J’ai vu Honubo Mizushi l’autre jour. Ses complices l’ont enlevée !

Son état l’empêchait de se hisser hors de son lit. De toute façon, il était en France. Elle était perdue à l’heure actuelle.

Il sentit son cœur vaciller. Une apparition lui illumina le visage. Une jeune fille splendide se tenait dans l’embrasure de la porte. Le blond de ses cheveux reflétait parfaitement la lumière du jour naissante. « Un ange », se dit Aymeric. L’ange se précipita alors dans ses bras en criant « Papa ! ».

- Comment se fait-il que tu sois là ? Je dois rêver !

- Tout est de ma faute papa. Je suis tellement désolée. Je n’aurais pas dû partir, sanglota-t-elle.

- Comment ça partir ? Où étais-tu ?

- J’ai voulu me venger parce que tu avais annulé mon voyage. Je voulais que tu t’inquiètes, pleura-t-elle. Je suis partie quelques jours chez mon petit copain.

- J’ai traversé toute la terre à la recherche d’une fille qui avait fait sa gamine en partant chez son copain ? Tu plaisantes ?

- Si tu savais comme je m’en veux.

- Mais attends. Et l’Asiatique qui te suivait ? Qu’est-ce qu’il est devenu ?

- Ah celui-là ? Il voulait juste me demander son chemin. Je n’aurais pas dû jouer avec toi comme ça.

- Tu sais ce que tu feras la prochaine fois que tu auras des problèmes ?

- Non ?

- Tu te débrouilleras !


L’enlèvement (6/7)

Six heures du soir : les deux hommes arrivèrent. Le contact lui présenta la marchandise. Un bloc de deux kilogrammes. De quoi faire sauter une usine entière.

- Et donc ça, tu me garantis que c’est du C4 ?

Au cours de sa carrière, il avait eu de nombreuses fois l’occasion d’être confronté à ce type d’armement. Le C4 était caractérisé par une forte odeur âcre ainsi qu’une texture argileuse. Celui-ci ressemblait plus à de la pâte à modeler qu’à un explosif. Il comprit alors qu’on essayait de le rouler. Sans perdre une seconde, il sortit son arme et lui tira dans le genou. L’homme s’effondra dans un cri de déchirement.

- Je te donnerai tout ce que tu veux, couina-t-il.

- Parce que tu crois que t’as le choix ? rétorqua Aymeric.

Il traîna l’homme jusqu’à sa voiture pour le cacher dans le coffre. Il découvrit alors qu’un bloc de C4 l’attendait. Il prit la voiture de son contact, enclencha le GPS et retourna au laboratoire.

Sur le chemin il réfléchit sur la stratégie à adopter pour capturer le big boss du FBB et accessoirement des Triades. Il arriva en trombe devant le FBB. Les badauds s’écartèrent de peur. Pied au plancher, il fonça comme un forcené dans la porte du FBB qui vola en éclat sous le choc. Les gorilles mirent quelques secondes avant de réagir. Aymeric en profita pour sortir de la voiture et d’un pas assuré s’avança vers les sbires de Tony. Dans un mouvement théâtral digne des plus grands films hollywoodiens, il dégaina son arme et fit parler la poudre. Deux hommes s’écroulèrent sous une pluie de balles. Ils furent aussitôt remplacés par trois autres hommes de main. Il courut, s’agrippa des deux mains au poteau et exécuta un splendide coup de pied rotatif qui mit K.O. deux d’entre eux. Le dernier homme lui assena un méchant coup de couteau dans le bras. Hors de lui, Aymeric sortit le couteau de la plaie et l’envoya dans l’œil de son assaillant.

Une fois à l’intérieur de la boîte, il localisa la réserve d’alcool stockée dans des citernes et y fixa le C4. Il y plaça méthodiquement son téléphone portable et enclencha le système de contrôle à distance réactive au numéro préprogrammé de son deuxième téléphone. Il entendit au loin des bruits de pas. Il s’agissait très certainement de Tony, qui, après avoir entendu tout ce vacarme, décida d’aller voir ce qu’il se passait. Tony ne fut pas surpris que l’auteur de ce boucan soit Aymeric. « Je l’ai sous-estimé », pensa-t-il.

- Je n’arriverai donc pas à me débarrasser de toi.

- Que ferais-tu à ma place ? Tu serais encore plus violent et plus persistant, rétorqua t-il.

- Ta petite vie misérable ne me concerne pas, retraité ! Tu n’es plus dans le coup et ça sera ta perte.

L’Asiatique plongea en direction de son bureau juste à temps pour éviter la dernière balle du pistolet d’Aymeric. « Comme par hasard, plus de balles ! » s’exclama ce dernier. Il rangea son arme pour affronter l’Asiatique à main nue. Tony en ressortit avec un Nunchaku, arme composée de deux bâtons reliés par une chaîne, très prisée par la mafia chinoise.

- Tu fais moins ton fier salaud de Français ! Je vais te faire payer pour mon club et parce que ton peuple pose des problèmes pour les Jeux Olympiques de 2008 à Beijin, s’écria le propriétaire du club.

Tous deux s’élancèrent l’un vers l’autre pour en découdre. Chacun, motivé par des raisons personnelles, donnait toute son âme dans le combat. La douleur due à la récente torture handicapait « Scarface Aymeric » et le ralentissait dans ses attaques. Les insultes et les coups commencèrent à fuser de toute part. L’Asiatique avait sensiblement le dessus. Un entraînement quotidien aux arts martiaux lui avait donné cette rapidité et cette puissance qui mettait en échec chaque coup d’Aymeric. Dans une colère folle, ce dernier se jeta de toutes ses forces sur son rival qui l’esquiva dans un sourire amusé. Il tomba à la renverse et s’écrasa contre un pilier du club où l’on pouvait y lire un panneau « violence interdite en public sous peine de sanctions ».

  • Tu es pathétique, se moqua Tony. Je vais prendre un plaisir sans limite à te tuer.

Il regarda Aymeric ramper tel un chien à l’agonie. Celui-ci se dirigea vers le bureau du boss. Tout en rampant il essayait d’esquiver les coups de pieds que lui donnait Tony. Dans un éclair d’intelligence, il tenta un coup de poker en sortant son pistolet dont le chargeur était vide et le braqua sur le mafieux.

- Plus un geste ou je te fais un trou à la place de la tempe ! s’écria-t-il.

- Tu me crois assez stupide pour être effrayé d’une arme vide ?

- Qu’est-ce qui te fait croire qu’elle est vide ? questionna le braqueur.

- J’ai entendu le cliquetis caractéristique d’un chargeur vide ! rétorqua-t-il en éjectant d’un coup de pied l’arme inutilisable.

Se sentant perdu, Aymeric se releva dans un ultime effort et se précipita dans le bureau du chef. Son pied gauche lui faisait terriblement mal ce qui entraînait une démarche asymétrique. Il se jeta dans un dernier espoir dans l’ouverture du sol où on pouvait accéder au laboratoire. Il avait un plan. Il se repassa en mémoire sa torture et sut quel moyen utiliser pour mettre hors d’état de nuire son adversaire. Il savait qu’on allait le suivre. Il se prépara à passer à l’action. Alors, son ennemi entra par la trappe d’un air décontracté et sûr de lui. Sans perdre un instant, Aymeric prit le bol qui contenait le résidu de cire bouillante et l’envoya à travers la pièce en direction de Tony. Le récipient s’écrasa dans un craquement. Un rugissement fit trembler les murs. Du liquide visqueux dégoulinait de son visage tel un magma bouillonnant. Il s’écroula sous la douleur insurmontable. Au bout d’un quart d’heure, il reprit ses esprits. Les mains liées dans le dos avec une chose indéfinissable autour du cou qui le grattait.

- Qu’est-ce que tu m’as fait ? aboya-t-il.

- Tu as autour du coup un fin collier de C4. Juste assez pour te faire sauter la tête comme un bouchon de champagne sans me blesser.

- Tu es un grand malade ! Enlève-moi ça tout de suite ou je…

- Tu quoi ? Où est ma fille ?

- Je ne sais pas, je te le jure, sanglota-t-il

- Hum… je te crois, mais ce n’est pas ça qui va te sauver.

L’enlèvement (5/7)

Aymeric se réveilla en sursaut, en nage. Ce cauchemar lui donna l’impression d’avoir consommé des substances hallucinogènes. Lorsqu’il se réveilla, il était 16h de la journée suivante. On l’avait drogué, c’était sûr, très certainement un dérivé du GHB. Un rapide coup d’œil à son portable lui fit comprendre qu’il avait manqué trois appels provenant de numéros masqués. On lui faisait perdre du temps. La boîte abritait quelque chose de louche. Il fit un rapide check up de ses affaires, Desert Eagle, menottes en plastique, matraque en fer télescopique ; c’est bon il était prêt. Une fois dans la rue, il fit le tour du pâté de maisons pour étudier les lieux et découvrit l’entrée de service de la boîte.

Il y avait une porte gardée par un homme patibulaire de type sicilien. Il s’approcha lentement dans la ruelle en cachant la matraque derrière son dos et lui écrasa sur la nuque. L’homme s’écroula sans un bruit. La porte était verrouillée. Aymeric fouilla le garde et trouva la clé. Il pénétra dans la boîte, un silence de mort y régnait. Il remarqua des ombres mouvantes à l’étage et se dissimula dans la pénombre. Arrivé devant la porte du boss, il crocheta la serrure grâce à un cure-dent qu’il avait pris sur le comptoir du bar. Il retourna le bureau dans son intégralité, mais sans résultat. Sous le joug de la colère il frappa violemment le mur. En tournant rageusement dans le bureau à la recherche d’indices, il se rendit compte qu’à un certain endroit de la pièce, ses pas résonnaient plus profondément. Il souleva un bord du tapis persan et découvrit une trappe métallique. Il prit le katana accroché au mur et s’en servit pour faire levier. La trappe s’ouvrit en grinçant. Un escalier descendait dans les entrailles de la boîte. Il finit par tomber sur une pièce obscure dont la lumière blafarde des néons donnait une couleur fantasmagorique aux murs aseptisés du laboratoire.

Il rentra lentement son pistolet à la main. C’était la planque secrète de Tony Leung, son laboratoire de synthèse pour la drogue dont il avait été victime le soir précédent. En parcourant les allées, ses yeux se posaient sur divers tubes et éprouvettes remplies de liquides fluorescents et tremblotants sous la douce flamme des becs Bunsen. Une forte odeur de soude caustique le prit à la gorge. « Alors, c’était donc ça ton petit secret, espèce de crapule », marmonna-t-il dans sa barbe naissante. Il sortit sa matraque et commença à saccager le laboratoire avec jouissance.

- Alors, tu t’amuses bien on dirait ? dit  une voix dans son dos qu’il reconnut immédiatement.

- Effectivement, c’est pas mal comme défouloir.

- Tu sais que tu me poses de sérieux problèmes.

- Rend moi ma fille et je partirai sans faire d’histoire. J’oublierai même avoir vu tes activités illicites.

- Je te répète que je n’ai rien à voir là-dedans, n’écoutes-tu pas ce que je dis ? Mais ça n’a plus d’importance. Tu as vu cet endroit, je ne peux pas prendre le risque de te laisser raconter tout ça à tes amis bien placés. A ton avis comment ai-je pu rester aussi longtemps le leadeur de ce marché ? Occupez-vous de lui, ordonna t-il.

Aymeric sentit un coup sourd sur le derrière de son crâne puis tout devint noir.

Lorsqu’il reprit ses esprits, il était attaché au mur dans une pièce glauque, insalubre et sans fenêtre. Un Asiatique s’affairait sur une table couverte d’objets tranchants et contondants. L’homme portait un masque de chirurgien dissimulant assez mal un sourire sadique. Il jeta un coup d’œil à ses liens. Ses poings étaient attachés au-dessus de sa tête à un tuyau brûlant. « C’est l’arrivée d’eau chaude », pensa-t-il. Il observa méthodiquement sa salle de détention. À première vue, la salle devait être utilisée régulièrement pour ces séances de tortures. Du sang encore frais coulait le long du mur où d’autres prisonniers avaient, sans aucun doute, fini ici leurs périples. Un flash de son passé lui traversa rapidement l’esprit. « Parmi toutes les plus atroces tortures que j’ai subies, laquelle vont-ils utiliser aujourd’hui ? ». Son entraînement lui revint aussi en mémoire. Toutes les techniques qu’on lui avait enseignées pour contenir sa douleur le plus longtemps possible lui semblaient bien loin maintenant. Une peur viscérale l’envahit. Il redescendit de son nuage pour se focaliser sur une échappatoire. Son bourreau s’affaira à ses côtés. Il préparait une pâte bouillonnante de couleur jaunâtre qui crépitait, craquait et crachait au-dessus d’un bol. Il comprit alors le sadique stratagème. On allait lui appliquer cette mixture sur son corps dénudé. L’homme masqué s’approcha alors de ses parties génitales pour la lui étaler consciencieusement. Des larmes lui coulaient le long des joues. Une douleur atroce le transperçait de part en part. En voyant l’homme sortir, il sut que le temps de repos allait être long. Vingt minutes plus tard, le boss arriva pour la phase finale. Aymeric mit alors son stratagème d’évasion en place. D’une force herculéenne il arracha le tuyau auquel il était attaché, assommant d’un coup sec Honubo. Tous deux s’effondrèrent. L’un de douleur, l’autre d’inconscience. La douleur lui paralysait les jambes.

« Scarface Aymeric » se redressa et dans un ultime cri de douleur décocha un crochet du droit bien placé qui régla le compte du bourreau. Il remit son pantalon qui s’accrocha à la cire. « Aie, ça va faire mal quand je vais retirer ça. », pensa t-il. Il hésita entre rentrer à son hôtel ou poursuivre son enquête, mais la douleur était trop insupportable pour pouvoir continuer.

Arrivé dans sa chambre il se précipita dans la salle de bain et prit une fiole de lait de chèvre dans le minibar. Il le déversa sur ses parties génitales et se rendit compte, à l’odeur, qu’il était périmé depuis un an. « J’aurais dû aller au Hilton », plaisanta-t-il. Il commença à tenter de décoller le pantalon et sa peau de la cire chimique. Une sensation lancinante lui parcourut la jambe. Il tira d’un coup sec. La peau partit avec. « Aie », hurla-t-il, « les techniques de tortures chinoises sont vraiment au point ! ». Mais Aymeric était un dur à cuir. Il pansa ses plaies et appela son contact afin qu’il se procure du C4, un puissant explosif. Il avait sa petite idée. Menacer la triade de faire tout exploser pour obtenir des informations sur sa fille. Le rendez-vous était fixé sur le parking du Cheapchina, le nouveau centre commercial à la mode.

L’enlèvement (4/7)

À la sortie de l’aéroport, il ralluma son portable et reçut par SMS le numéro de la boîte postale de l’aéroport où attendaient l’argent, le faux passeport et devant se trouvait l’envoyé spécial de François.

Une fois sur place, celui-ci lui donna comme convenu l’arme de son choix, un Desert Eagle et par la même occasion lui fit un débriefing sur la mafia locale. Après un furtif « bonne chance », ils se séparèrent. Il héla un taxi afin qu’il l’emmène dans les quartiers malfamés de Pékin pour commencer son enquête. « Vous entrez dans Ciqikou » annonçait un écriteau au-dessus de la route. Il se rappelait à peu près où se situaient les grosses brutes dirigeantes du quartier. Le plus influent ici était propriétaire d’une boîte de nuit : le « FBB ». C’était la fin d’après-midi, le soleil se couchait lentement derrière les bâtiments. Aymeric se dirigea vers le vendeur de nems le plus proche pour manger avant que la boîte n’ouvre. Ce temps de pause lui permit d’imaginer comment aborder le boss du FBB, ainsi que de laisser sa paranoïa endormie reprendre le dessus et lui montrer les horreurs qui pourraient être faites à Léa. Il se présenta devant la boîte et passa les videurs sans trop de problèmes. Un fond de techno aliénant battait ses tympans. Il remarqua deux gardes du corps gardant un escalier au fond de la salle. Se faufilant entre les danseurs complètement drogués il accosta les deux gardes, se présenta comme « scarface Aymeric » et demanda à voir Tony Leung. Les deux gorilles se regardèrent surpris et l’un monta. Vingt secondes plus tard, on lui fit signe de monter et il se retrouva dans une salle insonorisée pleine de teinture et sentant l’encens.

-  Salut Scarface alors qu’est-ce qui t’amène dans notre pays du soleil levant ?

- Les affaires Tony, toujours les affaires…

- Et que puis-je faire pour toi ?

- Je cherche quelqu’un que tes « services » auraient pris en charge…

- Flatteur ! tu sais très bien que le commerce de jeunes filles a toujours été mon préféré !

- Je parle de ma fille ! cracha-t-il en envoyant valser la table devant lui.

- Faut pas t’énerver pour des futilités et puis de toute façon je n’ai strictement rien à voir avec ton histoire.

Aymeric se leva dans une rage folle et mit la main sur la crosse de son arme. Il se ravisa lorsqu’il comprit qu’il n’était pas le bienvenu dans ce lieu et qu’il pouvait se faire descendre d’un moment à l’autre.

- Eh bien, nous en resterons là n’est-ce pas Aymeric.

Il se fit raccompagner jusqu’à la sortie de la boîte, exténué il alla à l’hôtel d’en face, tomba de fatigue et s’assoupit. Aymeric se réveilla, il s’était assoupi sur ses bouquins de droit. Il se trouvait à la bibliothèque devant une superbe Asiatique. Elle se mit à lui parler comme à un vieil ami, ce qui l’interloqua. Il ne se rappelait pas la connaître ni même avoir jamais étudié le droit.

- Tu t’es encore assoupi Aymeric, tu n’es pas possible comme garçon ! Comment veux-tu que l’on travaille dans ces conditions ! s’insurgea-t-elle.

Il la regarda hébété, se demandant de quel genre de blague il pouvait être la cible. Elle le regarda perplexe puis ajouta :

- Tu sais qu’à force de trop réfléchir tu va finir par te griller les neurones, ce n’est pas comme ça que tu vas retrouver ta fille, rajouta-t-elle malicieusement.

- Comment sais-tu cela ?

- Mon mari me confie souvent ses problèmes et il faut avouer que cette histoire m’a beaucoup intéressée, ça change un peu de ses petites histoires de drogue !

Il se leva d’un bond, renversa la table pour lui sauter à la gorge mais au moment où ses doigts se posèrent sur sa gorge, elle disparu. Il regarda le sol et entendit un bruit derrière lui. Il se retourna alors et la vit debout le toisant haineusement un revolver à la main.

- Voilà, tu t’es conduit comme un rustre et tu m’as sérieusement désappointée, tu ne retrouveras jamais ta fille, je te l’assure, lui dit-elle doucement avant de lui tirer en pleine poitrine.

L’enlèvement (3/7)

Honubo Mizushi était le responsable des exportations en Europe de la société chinoise Kimix, première fabricante de produits chimiques. Il avait été suspecté puis relaxé dans une affaire sur laquelle Aymeric avait enquêté, une production d’héroïne dans un laboratoire pharmaceutique. Bien qu’aucune preuve tangible n’ait été trouvée, Honubo fut licencié par la compagnie une semaine après la fin de l’enquête. Drôle de coïncidence. Quoiqu’il en fût, Aymeric avait gardé un œil attentif sur les actions de cet homme considéré comme plus que suspect. Mais cette fois le doute était impossible, Aymeric comprit qu’on lui en voulait. Il sortit son Samsung P260 et tenta d’appeler sa fille. « T’es bien sur le répondeur de Léa lâche un message après le bip parce que si tu le lâches avant, bah ça marchera pas ». « Merde », dit-il tout haut. Sa fille restait sa seule raison de vivre, ce qui l’amena à redouter son kidnapping. Il y avait de grandes chances que Honubo Mizushi soit dans le coup et qu’il allait l’emmener en Chine dans ses odieux trafics.

Aymeric se précipita dans son garage pour tenter de retrouver sa fille avant qu’elle ne se fasse enlever, mais au fond de lui il savait que c’était inutile. Tout était déjà en place et Léa devait être à l’heure actuelle dans un avion pour Pékin. Il ouvrit la porte de son petit bijou, une Ford Mustang V8 de 1971. Il démarra en trombe et fonça à toute berzingue au point de rendez-vous. Une sueur froide lui parcourut l’échine.

Léa avait disparu. Sans perdre un instant, il contacta son ami du club des « 5 A » afin qu’il lui fournisse plus d’informations sur Honubo et ses activités récentes.

- Allo François ? c’est Aymeric.

- Salut Aymeric, pourquoi m’appelles-tu sur ma ligne sécurisée ?

- J’ai un service à te demander.

- Attends, tu ne devineras jamais qui est passé sur le territoire.

- Je parie que c’est Honubo Mizushi…

- Exact, les services secrets sont sur sa piste. Il vient de repartir pour Pékin, avec une dénommée Rita, il y a exactement une heure et trois minutes.

- Cette Rita c’est Léa. Elle s’est fait kidnapper par Honubo, expliqua Aymeric.

- Comment peux-tu en être sûr ?

- Je l’ai vu dans le coin, il est passé devant chez moi. Je vais me jeter dans la gueule du loup : je pars pour la Chine.

- On fait comme avant, je t’organise un départ à l’ancienne ? Visa, passeport, monnaie et un contact sur place.

- Parfait, merci.

- Et Aymeric, bonne chance.

Sans repasser par chez lui, il roula jusqu’à l’aéroport de Beauvais où un vol avait été spécialement retardé pour lui permettre de le prendre. Arrivé à l’aéroport, un sergent l’y attendait afin de l’accompagner jusqu’à sa place. « Armement des toboggans, vérification de la porte opposée », annonça le copilote. Un homme particulièrement pâle était assis à sa droite, côté hublot.

- Je vous préviens, je suis malade en avion, dit-il tout en tenant un sac en papier d’une main et des comprimés de Vogalène de l’autre. La situation ne faisait qu’empirer.

L’enlèvement (2/7)

Bientôt, Concorde. Cette jolie partie de Paris qu’elle aimait tant, bien que d’innombrables touristes la gênaient lors de ses runnings quotidiens. La vue était splendide. Le bus slalomait entre les voitures pour se diriger vers Madeleine, l’arrêt précédent sa sortie. Elle se leva et regarda d’un œil inquiet un homme qui la dévisageait depuis quelques minutes déjà. Elle était pourtant habituée aux regards des hommes qui la scrutaient. Léa avait pour habitude de comparer ces regards appuyés à des radiographies de médecins. Mais que pouvait-elle faire ? Si seulement ils étaient beaux ! La plupart étaient beaucoup plus âgés qu’elle, ce qui la répugnait d’autant plus. Mais ce personnage-là lui semblait douteux. C’était un Asiatique au regard ténébreux. Ça lui rappelait ce voyage qu’elle ne ferait pas finalement puisqu’on avait choisi pour elle. À dix-neuf ans, elle ne demandait qu’un peu d’autonomie. Ce n’était pas du luxe tout de même. Elle se demandait souvent si la paranoïa était une maladie héréditaire. Depuis un certain temps déjà elle portait une bombe lacrymogène prête à être utilisée en cas de danger. Soudainement, l’Asiatique se leva précipitamment et se plaça juste en face d’elle. Son visage exprimait une intense colère et une détermination sans borne. Léa sentit une peur panique l’envahir.

Aymeric se sentait coupable de cet appel. Difficile d’élever tout seul une jeune fille. Il repensait à sa décision confortablement installé dans son canapé noir en cuir de vachette pur porc A.O.C.. Pour se détendre, il passa un coup de fil à son ami François C., ancien collègue et partenaire au club des « 5 A » (l’Association Amicale des Amateurs d’Andouillette Authentique). Pas de réponse. Tant pis. Le temps lui paraissait très long depuis qu’il était parti à la retraite. Son métier lui manquait terriblement d’autant plus qu’il était le leadeur du groupe d’intervention des parachutistes du 13ème RDP plus communément appelé « les dragons ». « La chine », murmura-t-il, « quel pays splendide ». Il se trouva d’autant plus injuste que lui-même aurait tout donné pour ressauter d’un Falcon 900, une des plus belles pièces de l’armée de l’air française. À chaque évocation du pays du soleil levant, son passé le hantait à nouveau. Il y avait effectué d’innombrables missions dont celle qui s’était passée à Gabasumdo qui lui avait valu ce grade de Général d’armée aérienne et son surnom de Scarface. Un Chinois lui avait jeté de l’acide chlorhydrique au visage. Une sonnerie de téléphone le fit sortir de ses pensées.

- Papa, je crois que quelqu’un me suit, depuis la sortie du bus. Je le vois partout.

- Donne-moi ta position et décris le moi.

- Heu… je suis en face de La Banque Postale, paniqua t-elle.

- Ne bouge pas je viens te chercher.

Il se leva précipitamment et sortit de sa maison. Arrivé devant son portillon, il entendit un crissement de pneu. Une Porsche Cayenne modèle V8 de 4 806 cm3 passant de 0 à 100 km/h en 6,6 secondes. À l’intérieur : un seul homme. Son regard perçant à travers le pare-brise était braqué sur celui d’Aymeric. Il le connaissait. La Porsche continua son chemin.

L’enlèvement (1/7)

- Allô papa ?
- Alors, quels sont ces résultats tant attendus ?
- J’ai eu 15.
- Bravo ma chérie, je suis très fier de toi, mais je dois admettre que ce n’était pas une surprise, je m’attendais à ce que tu obtiennes de tels résultats.
- Tu te rappelles ce que tu m’as promis ?
- Une glace par point au dessus de la moyenne ? C’est bien ça ?
- N’essaie pas de m’entourlouper, on avait dit 2 glaces ! Plus sérieusement, je te parle des vacances…
- À ce propos… Ce soir, nous devrons en parler. Je sais que tu risques de m’en vouloir, mais il a été convenu avec ta mère que tu assistes à son mariage dans le Sud.
- Non, vous ne pouvez pas me faire ça, je suis censée partir avec Élodie.
- Rentre à la maison pour qu’on puisse en discuter plus calmement.
- ….
Léa raccrocha sans dire au revoir. Elle savait de qui tenir ce tempérament impulsif et borné, mais face à son père jamais elle ne s’était opposée. Peu de filles pouvaient se vanter d’être aussi jolie. Sa taille avait toujours stupéfait les garçons de son âge. Elle ne mesurait pas moins d’un mètre soixante-dix avec un tour de taille que la reine Marie-Antoinette aurait envié. D’un blond étincelant sa chevelure était, selon ses dires, un atout de taille. Néanmoins, sa principale qualité était d’être à l’aise en société puisqu’elle pouvait sans lasser son auditoire parler de choses futiles comme le temps qu’il ferait le lendemain.
Suite à la conversation conflictuelle avec son père, elle se dirigea vers l’arrêt de bus de la ligne 84 qu’elle empruntait tous les jours. Elle était triste, elle qui songeait partir en Chine avec sa meilleure amie, Élodie. Cela faisait des mois qu’elles pensaient à leur voyage. Au début, son père ne s’y opposait pas, il demandait juste en retour de bons résultats au bac. À présent, elle doutait de la sincérité de sa promesse, qui, le temps d’une conversation téléphonique, s’était envolée. Elle avait travaillé très dur cette année, passant le plus clair de son temps libre à la bibliothèque et effectuant des semaines de stages durant les vacances, pour pouvoir mériter ses vacances. D’autre part, les deux jeunes filles avaient passé de nombreuses heures à organiser ce voyage. Observer ces visages si différents, apprendre quelques mots de cette langue, goûter aux subtilités et aux saveurs de sa cuisine, découvrir l’architecture traditionnelle chinoise, et tant d’autres choses faisaient de la Chine un pays fascinant à leurs yeux.
Encore quatre stations avant de sortir.
Cette année avait été forte en émotion pour Léa ; l’accident vasculaire de sa mère avait rendu tout contact très difficile avec les autres. Le coma dans lequel elle avait sombré, avait été particulièrement éprouvant. Depuis quelques jours cependant, son réveil avait été une bénédiction pour la jeune adolescente. Seule ombre au tableau, le mariage précipité que son futur beau-père détesté avait mis sur pied l’empêcherait de partir en voyage.

Nouvelle de (petits) fous

Parce qu’on est drôles et funs, parce qu’on a de l’imagination, parce que nous sommes simplement écrivains…et parce qu’il le fallait… : Nous avons eu le projet d’écrire une nouvelle à la sauce Taken, avec un brin d’humour en plus… Voici de suite pour vous une publication hebdomadaire de notre nouvelle intitulée L’enlèvement par Baptiste B. – Thibaut D. – Christophe C. – Caroline S. et moi même.

Chaque MERCREDI à MIDI sur ce blog

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